vendredi 19 juillet 2019

Le Sérapéum de Saqqarah, par Auguste Mariette et Jacques Vandier

photo Marie Grillot
“La découverte du Sérapéum de Memphis, due à Auguste Mariette, peut être considérée comme un des grands moments de l'archéologie égyptienne au XIXe siècle. Comme si souvent, ce fut un pur hasard qui fut à l'origine de la trouvaille. Mariette, qui avait été chargé, au Louvre, d'une humble besogne matérielle, avait obtenu, grâce à l'appui de Charles Lenormant et de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, une mission dont l'objet était de réunir une collection de manuscrits coptes, éthiopiens ou syriaques. Il débarqua à Alexandrie le 2 octobre 1850, éprouvant une des joies les plus vives de son existence, celle à laquelle il avait rêvé depuis des années.
S'étant heurté, dès son arrivée, à de graves difficultés, il ne put consacrer les premières semaines de son séjour à l'objet de sa mission, et employa le temps libre que lui accordaient les circonstances à la visite du Caire et de ses environs. Le 27 octobre, il se rendit à Saqqara et “aperçut par hasard une tête humaine en calcaire qui saillait du sable et dont le type lui rappela celui des sphinx qu'il avait admirés aux jardins Zizinia et chez ses amis du Caire”.
Cette tête évoqua immédiatement dans son esprit un texte de Strabon (XVII) : “On trouve de plus (à Memphis) un temple de Sérapis dans un endroit tellement sablonneux que les vents y amoncellent des amas de sable sous lesquels nous vîmes les sphinx enterrés, les uns à moitié, les autres jusqu’à la tête, d'où l'on peut conjecturer que la route vers ce temple ne serait pas sans danger, si l'on était surpris par un coup de vent.” Par une intuition géniale, Mariette comprit qu'il se trouvait, ce jour-là, au-dessus de l'avenue qui conduisait au Sérapéum de Memphis.
Quelques jours plus tard, le 1er novembre 1850, il commençait à déblayer, avec trente ouvriers, le secteur qu'il avait remarqué. (...) En quelques semaines, Mariette mit au jour l'allée des sphinx de Nectanébo 1er, quelques tombes d'Ancien Empire, dans lesquelles se trouvaient de belles statues et, parmi elles, le scribe accroupi du Louvre, un aréopage de poètes et de philosophes grecs, et, enfin, un sanctuaire élevé par Nectanébo 1er en l'honneur d'Apis. (...)
Ce ne fut que le 12 novembre 1851, un an et douze jours après le premier coup de pioche, que Mariette pénétra dans le Sérapéum : “Comme étendue, la tombe d'Apis a dépassé toutes nos espérances, C'est un ample souterrain, avec ses chambres, ses galeries, ses couloirs. Évidemment, les Apis avaient, dans la nécropole de Memphis, une sépulture commune, et, comme je l'avais pensé quelquefois, des caveaux isolés, creusés séparément et enfermés dans l'enceinte du Sérapéum. Quand un Apis mourait à Memphis, on prolongeait d'une chambre le souterrain, et de génération en génération, la tombe du dieu s'allongeait, à mesure que les momies qu'on y déposait devenaient plus nombreuses... La tombe se compose d'une longue galerie principale, taillée en voûte, sur laquelle se greffent à angle droit des galeries plus petites, venues d'autre part... : ses galeries mises bout à bout, sans compter, bien entendu, les chambres latérales, ont environ 230 mètres de développement.” Ainsi furent trouvées, en fait dans deux souterrains différents, les sépultures des Apis, s'échelonnant de la XVIIIe Dynastie à l'époque ptolémaïque.
Il eût été trop beau que les documents qui furent mis au jour, eussent été si méthodiquement classés qu'on eût retrouvé, sans hiatus, la série complète des Apis. Si regrettable qu'ait été l'absence d'un tel état de choses, les découvertes de Mariette n'en ont pas moins été miraculeuses par l'éblouissante moisson d'objets qu'elles nous ont apportée et qui a enrichi nos connaissances historiques, archéologiques et artistiques.”
(extrait de “La Découverte du Sérapéum et les funérailles de l'Apis d'après certaines stèles du Sérapéum”, compte rendu par Jacques Vandier de l’ouvrage de Jean Vercoutter, “Textes biographiques du Sérapéum de Memphis. Contribution à l'étude des stèles votives du Sérapéum”, in “Journal des Savants” Année 1964 - 2)

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