samedi 16 novembre 2019

Les demeures privées dans l'Égypte ancienne, par Émile Isambert

Le jardin de Nebamon, fragment de paroi peinte (prob. TT 146), XVIIIe ou XIXe dynastie, British Museum, BM 37983 - photo Yann Forget
"Si les palais des rois ont disparu, à plus forte raison tout vestige d'habitations privées a disparu. Nous avons toutefois par les peintures décoratives des renseignements sur ce que pouvaient être les habitations de l'ancienne Égypte.
Autant les temples des dieux frappaient l'esprit du peuple par leur étendue, leur colossale construction et leur richesse, autant les demeures privées étaient simples et nues. C'est le contraste éternel que présente l'Orient ancien ou moderne. Il y avait néanmoins des gradations. Les habitations des riches se distinguaient surtout par la richesse de leurs jardins, ce vrai luxe des pays chauds. Ces heureux climats sont peu exigeants ; ce qu'on y veut avant tout, c'est de l'air et de l'ombre. Tout est disposé pour ce double objet. Des rues très étroites où le soleil ait difficilement accès ; des constructions où l'air circule largement. Les villes actuelles et leurs maisons peuvent donner une idée exacte de ce qu'étaient les maisons et les villes de l'ancienne Égypte ; sauf l'introduction de la mosquée musulmane, rien d'essentiel n'a pu changer dans la disposition et l'aspect des habitations privées, parce que c'est le climat même qui en impose les conditions.
Dans les demeures d'une certaine étendue, une galerie ouverte, soutenue par des piliers, courait, comme dans nos anciens cloîtres, autour d'une cour ordinairement plantée d'arbres, et donnait accès aux différentes pièces de l'habitation, qui prenaient jour sur cette cour intérieure. Alors comme aujourd'hui la maison se terminait en terrasse. Tout était construit en briques.
Dans les peintures murales où sont représentées des scènes de la vie civile, on voit figurée une grande variété de meubles, quelquefois remarquables par l'élégance des formes aussi bien que par la richesse de la matière et du travail ; et l'on peut d'ailleurs se former une idée de la perfection à laquelle étaient arrivés très anciennement certains arts de luxe, par les bijoux et les autres objets d'or, d'ivoire et d'autres matières précieuses, que l'on a trouvés dans les tombeaux et qui se conservent dans nos musées. Comme travail d'orfèvrerie, de ciselure et d'incrustation, beaucoup de pièces défieraient l'habileté de nos meilleurs artistes.
Naturellement les habitations communes et les demeures des pauvres cultivateurs n'avaient plus rien de cette recherche. Quatre murailles en terre, une petite cour intérieure, une ou deux chambres nues et quelques resserres, c'était tout. C'est encore ce qui constitue l'habitation moderne d'un fellah. Nos pauvres paysans, dans des conditions de climat bien plus rudes, en ont-ils davantage ? On est d'ailleurs frappé, à la vue des constructions en briques crues des villages de la basse Égypte, de l'analogie d'aspect que les cases les plus importantes, et les constructions les plus élevées telles que les pigeonniers, présentent avec la forme traditionnelle des pylônes des anciens temples égyptiens. Ce sont les mêmes lignes, la même largeur de la base, la même tendance à la forme pyramidale."

extrait de Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'Orient. Deuxième partie : Malte, Égypte, Nubie, Abyssinie, Sinaï, 1881, par le Dr Émile Isambert (1827-1878), professeur agrégé de l'École de Médecine de Paris, membre de la Société de Géographie

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