vendredi 25 octobre 2019

La sculpture, dans l'art égyptien, "visait au grand, au sublime" (Jean-Jacques Guillemin)


photo de Francis Frith (1858)

"C'est toujours dans des proportions gigantesques que l'art égyptien a conçu ses œuvres. La sculpture, comme l'architecture, dont elle n'était guère qu'une dépendance, visait au grand, au sublime. Les statues égyptiennes étaient des colosses. 
Une des formes qu'affectionnait volontiers la statuaire était celle du sphinx. On sait que le sphinx est une tête humaine placée sur un corps de lion accroupi et allongeant les deux pieds de devant. Comme il a fallu absolument trouver du mystère et de la science dans tout ce qui appartient à l'Égypte, on a prétendu que ses statues indiquaient symboliquement les débordements du Nil sous les constellations du Lion et de la Vierge ; mais il est certain que le sphinx était pour les Égyptiens le signe au moyen duquel on écrivait hiéroglyphiquement les mots Seigneur. Le sphinx n'était donc pas autre chose qu'une désignation de la royauté. (...)
C'était encore la Thébaïde qui renfermait les plus nombreux monuments de ce genre. C'est là que se trouvaient d'énormes colosses, parmi lesquels la statue de Memnon jouissait d'une si grande célébrité. Non loin de cette ruine gigantesque, on a retrouvé les restes de dix-huit autres colosses, dont les moindres avaient vingt pieds de hauteur.
L'Égypte renfermait, en outre, une foule de statues de dimension naturelle que l'on peut admirer dans les différents musées de l'Europe. Un auteur arabe du douzième siècle, Abdallatif, assure que la beauté du visage de ces statues, et la justesse de leurs proportions sont ce que l'art de l'homme peut faire de plus excellent, et ce qu'une substance telle que la pierre peut recevoir de plus parfait ; il n'y manque que l'imitation des chairs et des muscles. "J'ai vu, ajoute-t-il, deux lions placés en face l'un de l'autre, à peu de distance : leur aspect inspirait de la terreur."

Il faut ajouter à tous ces monuments de la statuaire égyptienne une foule de bas-reliefs de la plus grande perfection, destinés sans doute à jeter une vive lumière sur l'histoire de ce grand pays.
Il nous reste moins de monuments de la peinture. Les représentations trouvées dans les ruines de quelques maisons particulières, et dans les grottes sépulcrales de Beni-Hassan, attestent que les Égyptiens savaient donner à leurs dessins une grande finesse et une remarquable beauté."


extrait de Histoire ancienne de l'Orient, 3e édition 1863, par Jean-Jacques Guillemin (1814-1870), agrégé d'histoire, docteur ès lettres, professeur au collège Stanislas à Paris, puis recteur à Douai et à Nancy












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