lundi 14 octobre 2019

"L’Égypte se présente comme un monde unique, avec ses coutumes et ses usages qui ne se retrouvent nulle part ailleurs" (Louis Charles Émile Lortet)


 
des monuments majestueux, édifiés avec un art incomparable - photo MC
"Entre toutes les contrées formant le bassin oriental de la Méditerranée et qui constituent le centre privilégié où sont nées les civilisations antiques les plus importantes, l’Égypte se présente comme un monde unique, avec ses coutumes et ses usages qui ne se retrouvent nulle part ailleurs : pays captivant, attachant, forçant le voyageur à revenir, confirmant, de nos jours encore, cet ancien dicton : "Lorsqu’il a bu l’eau du Nil, l’étranger ne saurait en oublier la séduisante douceur." À peine est-il revenu dans les contrées brumeuses du Nord, il ne peut s’empêcher de rêver constamment à cette merveilleuse contrée. Il revoit, par la pensée, le spectacle magique qui se renouvelle tous les soirs, lorsque le soleil, le grand dieu Râ des Égyptiens, disparaît à l’occident, dans les déserts de la Libye, dans une gloire, que nulle plume ne saurait décrire, et dont les traînées lumineuses, semblables à de l’or en fusion, éclairent le ciel jusqu’au milieu de la nuit.
Dans cette région bénie entre toutes, le soleil est étincelant, le firmament toujours d’un bleu pâle, diaphane même pendant l’obscurité, toujours éclairé en dessous par les reflets des déserts immenses. Grâce à sa transparence, il se constelle de myriades d’étoiles qui brillent d’un éclat extraordinaire ; au milieu de ces mondes de diamants, Canope, l’étoile aimée des anciens Égyptiens, laissant tomber sur le Nil des traînées d’argent, semble guider vers le Sud, pendant les semaines d’une navigation charmante, le voyageur qui remonte le fleuve sacré pour se rendre au milieu des rochers de la Nubie. Le spectacle admirable de ce ciel merveilleux est représenté sur tous les plafonds des temples de la Haute-Égypte.
Le sol, d’une fertilité prodigieuse, est irrigué sans relâche par la plus laborieuse des races humaines qui semble même, bien souvent, ignorer le repos de la nuit. Chaque année, ces plaines toujours verdoyantes sont recouvertes d’un limon, véritable engrais, apporté des plaines équatoriales du continent, par le plus grand fleuve du monde, long de six à huit mille kilomètres, débordant chaque année, avec une précision mathématique. Cette terre fortunée est entourée d’une large ceinture de déserts formés quelquefois de sables d’un jaune d’or, souvent par des rochers calcaires ou des grès recouverts d’une couche épaisse de rognons de silex, teints en violet foncé par des oxydes de manganèse. La vallée, partout très bien arrosée, est verte comme la Hollande, et les récoltes abondantes : cannes à sucre, coton, doura, maïs, blé, orges, trèfles, etc., s’y succèdent sans interruption.
C’est dans cette région, certainement unique au monde, que naquit, à une époque très reculée, la race égyptienne, agricole avant tout, d’une intelligence hors ligne et douée d’un génie créateur en toutes choses. Elle sut bientôt trouver, par son talent d’observation et son esprit patient, la solution des problèmes scientifiques de premier ordre qui préoccupaient alors le monde antique. Elle a édifié avec un art incomparable ces monuments majestueux, temples et tombeaux qui, après tant de siècles écoulés, s’élèvent encore fièrement à la surface du sol, ou ceux plus grandioses encore qui ont été creusés dans les rochers, décorés avec une patience sans nom et qu’on ne peut admirer qu’en pénétrant profondément dans le flanc des montagnes.
Ce sont ces hommes, déjà doués d’une conscience vraiment moderne qui, les premiers sur la terre, au milieu d’un monde encore barbare, ont trouvé et enseigné les admirables préceptes d’une morale qui régit encore de nos jours la vie des peuples civilisés. Ils ont été des astronomes et des artistes de premier ordre, des agriculteurs et des ingénieurs singulièrement habiles dans l’art des irrigations, de savants architectes, des philosophes et des penseurs profonds."


extrait de la Revue des Deux Mondes5e période, tome 27Louis Charles Émile Lortet (1836-1909), médecin, botaniste, zoologiste, paléontologue, égyptologue et anthropologue français.

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