lundi 13 janvier 2020

L'art égyptien, "fidèle miroir de la société" (Georges Perrot, Charles Chipiez)

tombe de Nakht-Taouy - TT52 (osirisnet.net)

"Grâce (aux) monuments exécutés pour le compte des grands seigneurs et des gros bourgeois de l'Egypte, grâce au climat et à ce sable du désert qui garde au sec, comme en un chaud et moelleux écrin, tout ce qu'on lui confie, l'art égyptien paraît plus varié et plus compréhensif que tel autre art national dont nous aurons à déterminer les caractères, que l'art assyrien par exemple, qui n'a guère représenté que des scènes
de bataille et de conquête. Fidèle miroir de la société, il a fait une large part à la représentation de cette activité féconde qui avait créé 
et qui entretenait la richesse de l'Égypte ; il n'a pas oublié les jeux et les plaisirs auxquels ce peuple laborieux demandait un repos et un rafraîchissement nécessaires. Le roi y garde bien toujours la première place par l'importance des monuments religieux et funéraires qu'il érige, ainsi que par le nombre et par les dimensions des images destinées à conserver ses traits ; mais tout au moins ces effigies et les tableaux qui décorent ces édifices nous le montrent-ils dans des rôles et sous des aspects dont la variété correspond bien aux faces diverses du génie national et aux différentes manifestations de sa force et de sa vie. De plus, dans le riche ensemble de figures isolées et de groupes ou de scènes que nous a laissé l'ancienne Égypte, nous voyons aussi paraître, tantôt à côté du roi, tantôt sans lui, tous ceux qui, chacun à son rang, concourent à l'œuvre ininterrompue de la prospérité commune, depuis le bœuf de labour attaché à la charrue et le paysan qui le conduit, jusqu'au scribe accroupi, les jambes croisées, sur sa natte, depuis le pâtre qui garde son troupeau dans la prairie ou le chasseur qui pousse sa barque à travers les fourrés de papyrus, jusqu'aux intendants qui dirigent les grands travaux publics, jusqu'à ces princes du sang qui gouvernent les territoires conquis et qui couvrent, à la tête d'une armée fidèle, les frontières du royaume.
Comme l'art grec, quoique par d'autres moyens et avec un autre style, l'art égyptien a donc ce rare mérite d'être un art complet, qui voit tout et que tout intéresse. Il est sensible à la gloire militaire et il semble ne pas moins se complaire à retracer les paisibles travaux de la vie rustique. Il traduit, en toute sincérité, le sentiment monarchique dans ce qu'il a de plus enthousiaste et de plus exalté; mais, en même temps qu'il met les princes au-dessus et presque en dehors de l'humanité, il n'oublie ni ne dédaigne les humbles et les petits ; il les peint dans toute la naïveté de leurs attitudes professionnelles, chacun avec ses allures propres, avec ces plis ineffaçables et distincts que la pratique de tel ou tel métier finit par imprimer au corps et à toute la physionomie. Il a, par ce côté, quelque chose de populaire et de vraiment humain, on pourrait presque dire de démocratique, si ce mot ne paraissait étrange à propos de la monarchie la plus absolue qui fut jamais."



extrait de Histoire de l’art dans l’antiquité - tome premier - Égypte, 1882), par Georges Perrot (1832 - 1914), professeur à la Faculté des Lettres de Paris, membre de l’Institut, et Charles Chipiez (1835 - 1914), architecte, inspecteur de l’enseignement de dessin

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