mardi 14 janvier 2020

Les origines de la statuaire, dans l'Égypte ancienne, selon Georges Perrot et Charles Chipiez

statues de Nesa et Sépa - début de la IIIème dynastie (2686-2613)
Musée du Louvre

"En Égypte, la statuaire, c'est-à-dire la sculpture employée à la représentation de la forme vivante, n'est pas moins ancienne que l'architecture. Nous ne voulons pas dire qu'elle remonte jusqu'à l'époque où les premiers ancêtres des Égyptiens ont bâti sur les bords du Nil leurs cabanes de branchages et de terre foulée ; mais aussitôt que ce peuple fut sorti de la barbarie primitive, aussitôt que les constructions ne furent plus de simples abris et que l'on commença d'y porter le goût de l'effet et la recherche d'une certaine beauté, la figure de l'homme et celle de l'animal prirent une place considérable dans la décoration de l'édifice. Les plus anciens mastaba que l'on ait retrouvés ont déjà leurs parois couvertes de bas-reliefs, et, dans leurs puits, on a recueilli des statues.
La présence de ces statues et leur perfection relative prouvent qu'en Égypte l'art de la statuaire n'a pas marché d'un pas plus lent que celui de l'architecture. Des deux arts, c'est même la sculpture qui a pris l'avance. Étant donné le genre d'expression et de beauté que recherche le sculpteur égyptien, dès le temps des pyramides, il a produit des chefs-d'œuvre ; or il n'en est pas de même de l'architecte. Si le constructeur se montre déjà d'une rare habileté clans l'art de tailler et d'assembler la pierre, l'ordonnance des édifices est encore des plus simples, on pourrait même dire des plus élémentaires. Ce sera seulement bien des siècles plus tard que l'on verra s'élever ces temples somptueux dont les amples portiques et les hautes salles hypostyles seront le suprême effort de l'architecture égyptienne.
Pour expliquer cette différence et cette inégalité dans le développement, il n'est pas besoin de se demander lequel des deux arts, de l'architecture ou de la statuaire, présente le plus de difficultés. Il en est des peuples comme des individus : tel d'entre eux réussit aisément et comme en se jouant là où tel autre s'arrête embarrassé dès les premiers pas ; c'est l'effet des dispositions naturelles, des circonstances et du milieu. Ce qui, chez les Égyptiens, a dû hâter les progrès de la statuaire, ce sont ces croyances que nous avons étudiées à propos de l'architecture funéraire, c'est la manière dont ce peuple se représentait la condition des morts et la peine qu'il prenait en vue de prolonger le plus longtemps possible, dans la tombe aménagée comme une maison, cette vie posthume dont la réalité ne fut jamais pour lui l'objet d'un doute. Cette conception singulière et cette préoccupation constante, c'est ce qui rend le mieux compte et de l'adresse surprenante que les sculpteurs égyptiens acquirent si vite et des caractères originaux qui distinguent leur style le plus ancien."


extrait de Histoire de l’art dans l’antiquité - tome premier - Égypte, 1882), par Georges Perrot (1832 - 1914), professeur à la Faculté des Lettres de Paris, membre de l’Institut, et Charles Chipiez (1835 - 1914), architecte, inspecteur de l’enseignement de dessin

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