jeudi 8 novembre 2018

Beni Hassan : "C'est l'histoire de la vie de chaque jour racontée par le luxe décoratif" (Henri Joseph Léon Baudrillart)

Carl Richard Lepsius : Mur nord de la tombe BH 3 de Khnumhotep II
 "Thèbes, après avoir reçu des embellissements successifs, arrive à tout son éclat avec les princes d'une des plus grandes dynasties qu'ait eues l'Égypte, la douzième.
Ces rois ne sont pas seulement des guerriers occupés à défendre le pays contre les nouvelles invasions, mais de grands ingénieurs, des constructeurs de monuments utiles ou grandioses. À eux revient le mérite de coloniser la vallée du Nil dans sa partie moyenne, de la première cataracte à la quatrième, et ils ont régularisé le système des canaux. Le lac Mœris, destiné à faire de leurs eaux une plus juste répartition, reste l'œuvre capitale de ces princes. Pendant plus de deux siècles ils embellissent Héliopolis et plusieurs autres villes importantes, surtout Thèbes, appelée encore à de grands accroissements ultérieurs. 

Cette époque des Ousortesen figure au nombre des plus heureuses de la civilisation antique. L'Égypte s'y relève complétement, elle y jouit d' une prospérité sans égale, d'une paix habituelle. L'utile l'emporte dans cette belle période sur les somptuosités dispendieuses qui auront, à quelques siècles de là, leur moment d'éclat incomparable.
Dans cet heureux temps des Ousortesen (heureux pour la classe aisée du moins), les industries utiles et les arts plastiques, expression d'un luxe sans faste, tiennent une place des plus importantes. On en rencontre les preuves fréquentes dans le luxe décoratif lui-même. Les murailles des tombeaux de Beni-Hassan et les planches du grand
ouvrage de Lepsius en offrent la preuve parlante. 

Ces peintures nous montrent les différents métiers alors en usage, et rien ne donne mieux l'idée de l'activité avec laquelle étaient poussés les travaux. Le labourage y paraît pratiqué à force de bœufs ou à bras d'hommes. On y ensemence les terres, on les foule à l'aide des béliers, on les herse, on fait la récolte, on met en gerbes le lin et le blé. Nous avons sous les yeux des opérations de battage et de mesurage. On transporte les denrées au grenier à dos d'ânes. Ici c'est le raisin qu'on vendange ou qu'on égrène. Là c'est la fabrication du vin dans deux pressoirs différents. Voici la mise en amphores, la disposition des caves. Peu de métiers font défaut. Le sculpteur sur pierre et le sculpteur sur bois sont à leurs pièces ; les verriers soufflent des bouteilles ; les potiers modèlent leurs vases et les enfournent. Avec quelle application travaillent ces cordonniers, ces charpentiers, ces menuisiers, ces corroyeurs, ces femmes au métier qui tissent la toile sous la surveillance des eunuques ! C'est l'histoire de la vie de chaque jour racontée par le luxe décoratif.
Ce développement de travail et d'industrie n'est pas moins attesté par certaines inscriptions de Beni-Hassan. Dans un de ces tombeaux, le mort lui-même raconte
sa vie."


Extraits de Histoire du luxe privé et public, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, Tome 1, 1880-1881, par Henri Joseph Léon Baudrillart (1821-1892), économiste français, journaliste de l'école libérale, professeur d'économie politique au Collège de France et à l'École nationale des ponts et chaussées.

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