mercredi 21 novembre 2018

"Les Égyptiens voulaient que leurs monuments fussent éternels" (Charles Seignobos)

illustration extraite de l'ouvrage
"Les rois égyptiens ont été de grands bâtisseurs, ils mettaient leur gloire à élever des monuments énormes, surtout des temples pour leurs dieux et des tombeaux pour eux-mêmes. Ils le pouvaient, ayant à leur disposition de bons matériaux et autant d'hommes qu'il leur en fallait.
Quand un Pharaon voulait faire bâtir, il envoyait ses architectes chercher la pierre dans la chaîne de montagnes qui longe le Nil. On prenait presque toujours, pour bâtir les murs, du calcaire blanc ou du grès ; ce sont des pierres qu'il est facile de tailler. Pour les colosses, les obélisques, les cercueils, on allait chercher dans les roches qui entourent la cataracte du Nil, à Syène, des blocs énormes de granit rose ou bleu.
La pierre était amenée jusqu'au bord du Nil, au moment de l'inondation, quand le fleuve atteignait le pied de la montagne ; on la chargeait sur un radeau qui descendait le Nil et on allait débarquer le plus près possible de l'emplacement où l'on voulait construire.
On rechargeait alors la pierre sur un traîneau ; des troupes d'hommes, conduites par des contremaîtres armés de bâtons, s'y attelaient avec des cordes et le traînaient sur un plancher frotté de graisse. Pour les gros blocs, on attelait à la fois plusieurs centaines d'ouvriers ; c'étaient ou des sujets du roi ou des prisonniers de guerre.
Dans les monuments les plus anciens, comme les Pyramides, la pierre était taillée avec beaucoup de soin, les blocs se tenaient sans être unis par aucun ciment, et leur surface était polie. Les monuments de Thèbes, au contraire, étaient recouverts tout entiers d'une couche de stuc peinte de couleurs éclatantes, de façon à cacher partout la pierre. Aussi ne se donnait-on plus la peine de tailler et de polir les blocs.
Les Égyptiens voulaient que leurs monuments fussent éternels, ils évitaient tout ce qui aurait pu les rendre moins solides. Ils savaient faire des voûtes (on en a trouvé dans des constructions très anciennes) ; mais ils savaient aussi qu'une voûte finit toujours par fléchir parce qu'elle est poussée des deux côtés. Aussi, dans les beaux monuments, n'ont-ils jamais construit de voûtes. C'est avec des blocs de pierre posés horizontalement qu'ils recouvraient les murs, ou les colonnes.

L'Égypte était couverte de monuments ; il y en avait dans toutes les villes. Mais, dans la Basse-Égypte, presque tous ceux qui s'élevaient au-dessus de terre ont été détruits à la longue par les habitants ; il n'est resté que les Pyramides.
Les monuments de Thèbes, au contraire, n'ont pas été détruits ; le pays était devenu si désert que les moines chrétiens s'y retiraient pour vivre seuls. Plus tard, des fellahs sont venus au milieu des temples bâtir de misérables huttes, qui ont formé les deux villages de Karnak et de Louqsor."



extrait de l'Histoire ancienne narrative et descriptive de l'Orient et de la Grèce, 1903, par Charles Seignobos (1854-1942), historien français, "un des acteurs majeurs de l'histoire méthodique, qui repose sur la lecture critique des sources manuscrites".  

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