mercredi 7 novembre 2018

"Les artistes égyptiens employaient des couleurs si vives qu'après soixante siècles, l'éclat n'en est pas terni et nous étonne par sa fraîcheur" (Gustave Ducoudray)

Tombe d'Ounsou - cliché Le Louvre
"Les monuments de l'Égypte parlent assez haut de la grandeur de l'art. L'architecture n'a jamais atteint ailleurs de telles proportions. Les villes étaient des amoncellements de temples et de palais, eux-mêmes vastes comme des villes. Le temple, monument de la piété royale, se dérobait derrière une ceinture de murailles qui l'environnaient à distance avec le terrain consacré. Il fallait traverser d'immenses cours, des péristyles avant d'arriver au sanctuaire où résidait le dieu, et les prêtres égyptiens avaient sans doute fait donner ce développement aux parties accessoires, et en quelque sorte extérieures du temple, que pour favoriser la marche des processions dont les murs nous retracent l'ordonnance et la pompe. Les architectes égyptiens ne semblent guère avoir travaillé que pour les dieux et les rois, cette autre forme des dieux. Ils ne nous ont pas laissé de modèles complets d'architecture civile ; sauf quelques demeures des grands, les habitations étaient négligées chez ce peuple qui les regardait comme des hôtelleries.
Nous avons peu de modèles également de l'architecture militaire, et il faut aller dans la Nubie chercher, à 60 kilomètres mètres au sud des cataractes de Ouadi-Halfah, une sorte de château, le plus complet échantillon de l'art de la fortification chez les Égyptiens.

La sculpture fut aussi en honneur chez les Égyptiens. Et, chose extraordinaire, les sculptures qui remontent au premier empire sont celles qui dénotent l'observation la plus savante et la plus fidèle de la nature. "Les proportions exactes, les principaux muscles étudiés avec soin, la figure sculptée avec finesse et l'individualité du portrait, saisie souvent avec bonheur, telles sont les louanges que nous pouvons décerner aujourd'hui à ces artistes du premier âge, soit qu'ils se bornent à la pierre calcaire, soit qu'ils mettent en usage les belles essences de bois. qui croissaient dans la vallée du Nil, soit enfin qu'ils s'attaquent aux roches les plus dures et qu'ils se rendent maitres du granit le plus rebelle avec une puissance et une souplesse de ciseau qu'on ne saurait trop admirer." (de Rougé)
Mais cet art demeura immobile. Peut-être fut-il considéré comme accessoire et retenu par la religion dans une sorte de symbolisme. Pourvu que la forme humaine fût rendue, peu importait le détail, et toutes les figures ont une raideur qui accuse une idée préconçue de tout sacrifier à la noblesse de l'attitude, à la majesté de l'ensemble, au parallélisme des mouvements.
En un mot, la sculpture resta toujours monumentale, et si elle ne se dégagea pas de cette rigidité, ce n'est pas impuissance, car bien des fois les images d'animaux sont exactement rendues.
Les scènes reproduites à l'infini sur les parois des tombeaux témoignent également de l'art avec lequel les Égyptiens employaient la peinture. Mais là encore ils n'avaient qu'un but : rehausser par cette décoration l'éclat des tombeaux et des temples. Il ne faut leur demander ni liberté , ni variété, ni souplesse. La peinture ressemble aux bas-reliefs qu'elle continue ou reproduit. Toutefois les artistes égyptiens employaient des couleurs si vives qu'après soixante siècles, l'éclat n'en est pas terni et nous étonne par sa fraîcheur.
Le musée du Louvre offre en outre beaucoup d'objets d'art en verre de diverses couleurs, des fioles gros bleu flambé de jaune et de blanc. Les Égyptiens étaient habiles à composer les ornements en perles d'émail et à décorer les vases de verre et de faïence. On cite comme une merveille d'art un petit encrier en faïence émaillée, vert de cuivre, composé de lions assis et formant grille à jour. Parmi les bijoux on remarque également un petit taureau d'or et d'émail, couché, les ailes étendues, et d'autres symboles qui témoignent à quelle délicatesse en étaient arrivées l'émaillure et l'orfèvrerie."

extrait de Histoire et civilisation de l'ancien Orient et de la Grèce : classe de seconde (divisions A et B), 1906, par Gustave Ducoudray (1838-1906),
historien et pédagogue français

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