jeudi 27 septembre 2018

"Dans les ruines de (Denderah), les Égyptiens me parurent des géants" (Vivant Denon)

Vue perspective de la façade du portique du grand temple de Denderah
extrait de Description de l'Égypte / Antiquité / A Vol. IV
"Chez eux [les Égyptiens] l'idée de l'immortalité de Dieu est présentée par l'éternité de son temple ; leurs ornements, toujours raisonnés, toujours d'accord, toujours significatifs, prouvent également des principes sûrs, un goût fondé sur le vrai, une suite profonde de raisonnements ; et quand nous n'aurions pas acquis la conviction du degré éminent où ils étaient parvenus dans les sciences abstraites, leur seule architecture, dans l'état où nous l'avons trouvée, nous aurait donné l'idée de l'ancienneté de ce peuple, de sa culture, de son caractère, de sa gravité.
Je n'aurais point d'expression, comme je l'ai dit, pour rendre tout ce que j'éprouvai lorsque je fus sous le portique de Tintyra
[Denderah] ; je crus être, j'étais réellement dans le sanctuaire des arts et des sciences. Que d'époques se présentèrent à mon imagination à la vue d'un tel édifice ! Que de siècles il a fallu pour amener une nation créatrice à de pareils résultats, à ce degré de perfection et de sublimité dans les arts ! Combien d'autres siècles pour produire l'oubli de tant de choses, et ramener l'homme sur le même sol à l'état de nature où nous l'avons trouvé ! Jamais tant d'espace dans un seul point ; jamais les pas du temps plus prononcés et mieux suivis. Quelle constante puissance, quelle richesse, quelle abondance, quelle superfluité de moyens dans le gouvernement qui peut faire élever un tel édifice, et qui trouve dans la nation des hommes capables de le concevoir, de l'exécuter, de le décorer, de l'enrichir de tout ce qui parle aux yeux et à l'esprit ! Jamais d'une manière plus rapprochée le travail des hommes ne me les avait présentés si anciens et si grands : dans les ruines de Tintyra, les Égyptiens me parurent des géants."

extrait de Voyage dans la basse et la haute Égypte, pendant les campagnes du Général Bonaparte, 1802), par
Dominique Vivant Denon (1747-1825), graveur, écrivain, diplomate français

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