mardi 18 septembre 2018

"Les premières impressions qui soient demeurées dans la mémoire de l'humanité, c'est l'Égypte qui les a conservées" (Georges Perrot, Charles Chipiez)

photo de Hossam Abbas, avec son aimable autorisation
 "L’Égypte est l'aïeule des nations policées, l'aînée de la civilisation. Dès que l'on entreprend de grouper et de présenter, dans l'ordre même de leur développement historique, les grands peuples de l'antiquité, dès que l'on cherche à déterminer la part qui revient à chacun d'eux dans l'œuvre commune de travail et de progrès qui s'est continuée, par leurs efforts concertés et successifs, jusqu'à l'avènement du christianisme et jusqu'à la formation du monde moderne, on se sent comme contraint de commencer par l'Égypte.
Pour étudier le passé de l'homme, on peut se placer à bien des points de vue. Tel historien cherchera surtout à déterminer le sens et la valeur des conceptions religieuses qui, pendant cette période, se sont succédé dans les âmes ; tel autre s'intéressera de préférence aux lettres, aux arts, aux sciences, à toutes ces inventions de méthodes et de procédés qui, s'ajoutant les unes aux autres, ont, avec le temps, rendu l'homme moins esclave des fatalités naturelles et plus maître de sa destinée. Celui-ci s'attachera à décrire les mœurs, les institutions politiques et. sociales ; celui-là s'occupera d'énumérer et d'expliquer les changements amenés par les révolutions intérieures, les guerres et les conquêtes ; il établira, comme disait Bossuet, “la suite des empires”. Ceux enfin qui auront les plus hautes ambitions chercheront à réunir, dans un tableau d'ensemble, tous ces traits épars, afin de montrer sous tous ses aspects l'activité créatrice de l'espèce et le mouvement de son génie toujours en quête du mieux. De toute manière, que l'on divise ainsi la tâche ou que l'on veuille embrasser, d'un seul coup d'œil, le jeu multiple de toutes ces forces qui semblent lutter entre elles et qui cependant conspirent toutes à une même fin, c'est toujours à l'Égypte que l'on se trouve ramené comme au point de départ nécessaire. Les premières impressions qui soient demeurées dans la mémoire de l'humanité, c'est l'Égypte qui les a conservées ; c'est là que se rencontrent les plus anciens monuments dans lesquels la pensée se soit fixée et transmise par l'écriture ou bien traduite par une forme expressive, qui a déjà sa noblesse et sa beauté.
C'est donc en Égypte que l'historien de l'art antique rencontre les premiers monuments sur lesquels puissent porter ses recherches."
 

extrait de Histoire de l’art dans l’antiquité - tome premier - Égypte, 1882), par Georges Perrot (1832 - 1914), professeur à la Faculté des Lettres de Paris, membre de l’Institut, et Charles Chipiez (1835 - 1914), architecte, inspecteur de l’enseignement de dessin

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