Le Caire, par Félix Bonfils (1831-1885) |
Celui même qui n'est pas poète se sent pris dans ce moment d'une indéfinissable rêverie ; son âme, à son insu, s'élève vers le créateur de ces merveilles ; la pensée voyage dans l'infini, dans le vague ; les yeux, éblouis, étonnés, contemplent ce spectacle dont aucun pinceau, aucune plume, ne saurait faire le fidèle tableau.
Si, au Caire, de l'esplanade qui se trouve devant la forteresse, là où l'on vous montre le saut du Mamelouk, vous assistez au coucher du soleil, vous êtes forcé de convenir que jamais spectacle si grandiose, si saisissant, n'a frappé votre regard.
Le soleil, prêt à disparaître derrière ces colosses de pierres, les pyramides, donne au ciel mille couleurs brillantes. Au couchant, il est d'une couleur orange lumineuse ; au levant, il est rose. L'arc-en-ciel traverse le ciel, le sépare, lui faisant comme une brillante ceinture ; on dirait qu'une poudre d'or tombe en poussière sur le Caire. Les mosquées aux flèches élancées, les maisons mauresques à la fine et élégante architecture, les arbres, se dessinent nettement dans l'atmosphère, qui, à ce moment du jour surtout, devient d'une transparence qu'on ne retrouve dans aucun autre pays. Puis le soleil disparait, la nuit descend peu à peu sur la ville, l'enveloppe de ses voiles ; à ce moment-là encore, les mille minarets du Caire, ses beaux palais, son île de Boulak, les pyramides, vus dans cette demi-obscurité, font un effet charmant.
Le clair de lune en Égypte est encore une chose qui étonne et charme ; il est si brillant, qu'à sa clarté on peut lire et écrire. Le Caire, vu de la citadelle au clair de lune, fait l'effet d'une de ces villes fantastiques des Mille et une Nuits."
extrait de Les mystères de l'Égypte dévoilés, 1866, par Olympe Audouard (1832-1890), écrivaine voyageuse féministe française
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