vendredi 28 septembre 2018

"Le Nil, c'est toute l'Égypte" (Jean-Jacques Ampère)


photo Marc Chartier
 "J'aime le Nil, je m’attache à ce fleuve qui me porte et que j'habite comme on s'attache à son cheval et à sa maison. Tout ce qui concerne la nature, l'histoire, les débordements réguliers, la source inconnue du Nil, m'intéresse vivement. Aucun fleuve n'a une monographie aussi curieuse. (...)
Le Nil, que les Arabes appellent aussi le fleuve saint, le fleuve béni, par lequel on jure encore aujourd’hui, le Nil a été divinisé par les anciens Égyptiens. L'écriture hiéroglyphique et les bas-reliefs ont fait connaître deux personnages divins : le Nil supérieur et le Nil inférieur. Ils sont représentés par deux figures à mamelles, qui portent sur leur tête les insignes, l'une de la haute, l’autre de la basse Égypte. 
Je crois important de remarquer à cette occasion qu'on a beaucoup exagéré l'importance du rôle que jouait le Nil dans la mythologie. Bien que parlant de points de vue très différents, les savants français et les mythologues allemands se sont accordés pour faire du Nil le centre de la religion égyptienne. Les monuments ne confirment point cette opinion. Dans les temps les plus anciens, le Nil est très rarement associé aux grands dieux Ammon, Osiris, Phta, et ne figure avec eux qu’exceptionnellement. C’est seulement à des époques plus récentes que le Nil paraît avoir tenu une grande place dans le culte. (...) Ce que l'on adore avant tout, ce n’est pas le Nil, c’est la puissance productrice du monde conçue obscurément, mais dans toute son universalité. (...)
Le Nil, c'est toute l'Égypte ; aussi le fleuve a-t-il donné son nom primitif au pays, Ægyptos. L'Egypte s’est appelée aussi la Terre du fleuve, Potamia. Si le Nil était supprimé, rien ne romprait l'aride uniformité du désert ; en détournant le cours supérieur du fleuve,on anéantirait l'Égypte. L'idée en est venue à un empereur d'Abyssinie, qui vivait dans le treizième siècle, et plus tard au célèbre conquérant portugais Albuquerque. En effet, le Nil, dans une grande partie de son cours, offre cette particularité remarquable, qu'il ne reçoit aucun affluent, et qu’à l'encontre de tous les fleuves, au lieu d'augmenter en avançant, il diminue, car il alimente les canaux de dérivation, et rien ne l’alimente."

extrait de Voyage en Égypte et en Nubie, par Jean-Jacques Ampère (1800-1864)

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