vendredi 21 septembre 2018

"Jamais en Égypte la sculpture ne s'est affranchie de l'architecture" (comte Barry de Merval)

Statue en grauwacke représentant le roi Mykérinos
entouré de la déesse Hathor (à sa droite)
et d'une déesse personnifiant un nome (à sa gauche)
Musée égyptien du Caire
"Le caractère le plus accentué de la statuaire égyptienne est la raideur. Elle résulte du rôle secondaire que la sculpture jouait dans l'architecture égyptienne, comme dans l'architecture de tous les peuples de la haute antiquité. L'architecture est un art concret, qui contient en lui les germes de la peinture et de la sculpture. Ces deux éléments de l'architecture ne s'en sont séparés qu'à la longue pour devenir des arts indépendants. Ils n'étaient dans le principe que des arts décoratifs. Ceci nous explique pourquoi les œuvres les plus anciennes de sculpture sont toujours dénuées de mouvement et de vie : destinées à orner un édifice, dont elles étaient une partie intégrante, elles devaient participer à son immobilité.
Nous trouvons encore ici la raison des formes droites et carrées affectées par la sculpture égyptienne. Elle devait être en rapport avec le style architectural dont elle était le complément. Les statues devaient présenter dans leur ensemble des lignes droites, verticales et horizontales, comme les monuments. Le corps ne doit être incliné ni à droite ni à gauche ; les bras ne doivent pas s'écarter du corps sur les côtés, pour que la largeur de la statue n'excède pas la ligne des épaules. La tête est droite ; le cou raide ; le personnage est le plus souvent représenté debout ; s'il est assis, le buste et les jambes sont placés verticalement. L'usage de ne jamais sculpter une tunique pour les hommes, même sous les dynasties qui l'ont adoptée, de n'employer qu'une robe collante pour les femmes, accuse le dessin qu'a le sculpteur de ne pas vouloir cacher, par l'ampleur du vêtement, la ligne droite du corps.
En un mot, jamais en Égypte la sculpture ne s'est affranchie de l'architecture : elle ne s'y est jamais élevée à la hauteur d'un art indépendant. C'est donc au point de vue purement architectural que nous devons l'étudier. Nous trouverons peut-être alors sa raideur moins disgracieuse, parce qu'elle ne nous apparaîtra plus comme le résultat d'un manque d'habileté, mais comme un parti pris, parfaitement motivé. (...)
Malgré les nombreux rapports qui existent entre la peinture et la sculpture, celle-ci a eu dans la haute antiquité un avantage marqué sur l'autre, celui de la simplicité. La matière sur laquelle le sculpteur travaille, a une épaisseur qui lui permet de rendre en relief les saillies du corps. Les plans sont réellement distancés les uns des autres. Le fond sur lequel le peintre met de la couleur ne lui présente, au contraire, qu'une surface ; les saillies qu'il voudra indiquer ne seront que simulées ; les plans qu'il voudra tracer ne seront que figurés."
 

extrait de Études sur l'architecture égyptienne, 1873, par le comte du Barry de Merval (18..-19..). 
Aucune information fiable à notre disposition sur cet auteur sinon, comme il explique dans l'avant-propos de son livre, qu'il n'est pas archéologue, mais touriste de profession et qu’il s'adresse aux simples touristes.

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