mercredi 26 septembre 2018

"Pour visiter l'Égypte avec fruit et avoir une idée d'ensemble du pays, il faudrait pouvoir consacrer à cette visite, sinon des années, au moins une saison entière" (Émile Alliaud)

photo de Félix Bonfils (1831-1885).
"S'il est, entre toutes, une contrée célèbre, intéressante, mystérieuse, c'est l'Égypte, contrée trop longtemps négligée des touristes.
Berceau de la civilisation, dès la plus haute antiquité, aujourd'hui, centre commercial et agricole important, la vieille terre des Pharaons, fouillée et rénovée par le monde des savants, réserve de nos jours plus d'une surprise à ses visiteurs.
Dans ses villes riantes et animées, le voyageur est heureux de retrouver le luxe et le confort qui lui sont chers, ayant son attention éveillée, à chaque pas, par mille sujets divers. L'agriculteur, en foulant aux pieds le sol de sa merveilleuse vallée, en observe l'admirable fécondité. L'artiste, en parcourant ses villages et bourgs pittoresques, enfouis au sein de la verdure des oasis qui bordent les rives du Nil, éprouve de véritables joies esthétiques. L'archéologue enfin, en présence des ruines grandioses de ses temples et tombeaux mis (au) jour, ne peut s'arracher à leur contemplation méditative.
L'Égypte, terre classique des souvenirs, est aussi le pays des contrastes. Suivant les zones, c'est tout à la fois la contrée la plus fertile et la plus stérile, la plus verdoyante et la plus aride, la plus plate et la plus accidentée, la plus populeuse et la plus déserte, la plus vivante et la plus morte, la plus desséchée et la plus inondée. Son père nourricier, le Nil, est le grand magicien, opérant tous ces miracles dans son sein, grâce à des débordements périodiques, qui fertilisent le sol partout où il a déposé son limon. Et, de toutes ces oppositions, engendrées par un climat sec et brûlant, agissant sur un sol sablonneux et d'alluvions, ressort comme une anomalie singulière, qui déroute l'étranger et excite son étonnement.
Quoi qu'il en soit, cette contrée, avec son étrange caractère d'originalité, nous apparaît douée d'un charme particulier, qui peut ne pas séduire tout le monde, mais est loin d'être banal. (...)

Les voyageurs cosmopolites débarquant en Égypte, y viennent soit pour affaires, ce sont les commerçants ; soit en mission, ce sont les savants ; soit enfin pour leur plaisir, et ce sont les touristes. De là, diverses catégories de personnes, qui, poursuivant des buts différents, ne fraient pas
ensemble. (...)
Pour visiter l'Égypte avec fruit et avoir une idée d'ensemble du pays, il faudrait pouvoir consacrer à cette visite, sinon des années, au moins une saison entière. Mais pour qui est pressé, quelques jours à la rigueur suffisent ; si l'on veut se contenter d'un aperçu superficiel des choses, et à condition de voyager, à toute vapeur, exclusivement en chemin de fer. (...)
Deux ou trois compagnons de voyage, parents ou amis et de commerce agréable, n'est-ce pas ce que l'on pourrait souhaiter de mieux ? Ajouterai-je que j'ai eu cette rare bonne fortune, et que grâce à des amis dévoués, qui m'ont aplani toutes difficultés, je n'ai rapporté de cette lointaine excursion en terre des Pharaons que de charmants souvenirs ?"


extrait de Souvenirs d'Égypte, par Émile Alliaud (1839-1906), homme de lettres et conférencier qui signait en littérature Émile Daullia

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