samedi 22 septembre 2018

Les origines du mouvement féministe en Égypte, par Hoda Sharawi

Hoda Sharawi
 "Nous sommes très heureuses de pouvoir, nous, femmes d'Égypte, prendre part à la plus noble et la plus imposante des manifestations féminines pour l'égalité des droits, dans ce beau pays de lumière, berceau de toutes les libertés. (...)
Messieurs, Mesdames, si le temps qui m'est accordé n'était pas si limité, c'eût été pour moi un véritable plaisir de vous entretenir longuement des origines du mouvement féministe en Égypte et de la part qu'ont prise les femmes ces dernières années à tous les mouvements : intellectuel, social et politique, mouvements qui ont eu leur répercussion dans tous les pays d'Orient et nous ont valu la sympathie du monde entier. C'est qu'en effet à cause de son grand passé, de sa position géographique spéciale, l'Égypte est considérée par les pays avoisinants comme le trait d'union naturel entre les deux continents orientaux, et la nation qui éveille le plus leur intérêt et suscite leur enthousiasme. Voilà pourquoi, en dépit des usages encore rigoureux dans certains de ces pays, nous avons vu nos sœurs d'Algérie, de Tunisie, de Syrie, voire même des Indes se solidariser maintes fois avec nous en applaudissant à chacune de nos manifestations. Au risque de désillusionner ceux d'entre vous, Messieurs et Mesdames, qui désirent voir la femme orientale garder son charme mystérieux d'autrefois, je dois vous dire que l'évolution féminine qui semblait suivre en Orient son cours normal va prendre un plus grand essor à la suite de la brusque révolution qui s'est faite en Turquie, aussi bien dans les lois que dans les mœurs. Déjà en Égypte et ailleurs, de nombreuses écoles secondaires et supérieures de filles préparent la femme orientale à jouer un rôle actif dans la vie publique de son pays. Une véritable floraison d'activités féminines se fait remarquer dans tous les milieux. Celles-ci se manifestent par la fondation de nouvelles revues, de clubs, d'associations féminines. La plus importante d'entre elles par son vaste programme et les services qu'elle a rendus jusqu'ici est l'Union Féministe Égyptienne que j'ai l'honneur de représenter ce soir dans cette honorable Assemblée. Demain la secrétaire zélée de cette association vous fera un résumé détaillé de l’œuvre accomplie par l'Union depuis sa fondation, qui date seulement de 1923. En terminant, nous adressons un hommage ému et reconnaissant à Mrs Chapman Cott, la fondatrice de cette organisation admirable, qui a permis à des femmes de croyance et de races si diverses de se sentir unies dans un même sentiment de solidarité fraternelle. Nous adressons également l'expression de notre grande admiration à Mrs Corbett Ashby, la présidente actuelle de l'Alliance qui, secondée des membres du bureau, a, durant trois ans, fait preuve d'un dévouement et d'une capacité au dessus de tout éloge. C'est une grande joie pour nous dans notre tâche si complexe d'être aidées et soutenues, en votre personne, Mesdames, par tout ce que le monde entier compte de plus expérimenté, de plus libéral et de plus généreux. Nous vous remercions de la place que vous nous avez faite auprès de vous, dès la première heure. Nous remercions en particulier le Comité français de son chaleureux accueil et nous vous remercions aussi à l'avance de l'appui que vous ne manquerez pas de donner à nos revendications dans l'avenir."
 

Extraits d’un discours prononcé par Mme Hoda Sharawi (1879 - 1947), l'une des pionnières du mouvement féministe égyptien et arabe, à l’ouverture du Xe Congrès de l’Alliance internationale pour le suffrage des femmes (30 mai 1926, à la Sorbonne - Paris)
source : Cealex

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