samedi 22 septembre 2018

L'avocat Raoul Lacour plaide la cause de l'âne d'Égypte

âne représenté sur une peinture égyptienne vers 1298-1235 av. J.-C.
"Les ânes d'Égypte n'ont guère, avec leurs confrères de France, de commun que le nom. Ce sont de petites bêtes aux jambes fines, élégantes, aux formes gracieuses ; elles galopent facilement et soutiennent un trot rapide au milieu des ruelles les plus étroites et les plus encombrées. Mais elles ont un grave défaut : souvent elles manquent des deux pieds de devant et envoient leur cavalier rouler dans la poussière. Pour prévenir ces chutes, les selles ont un pommeau large et très élevé ; mais le moyen le plus simple est de ne point mettre ses pieds dans les étriers. Quand l'âne tombe, le cavalier se trouve tout naturellement debout dans la position du colosse de Rhodes, sa monture par terre entre les jambes.
L'âne ici sert à tous les transports ; on en rencontre des bandes de dix, quinze, trottinant côte à côte, sans bride ni licou, sous la direction d'un seul ânier, chargés d'une outre pleine d'eau, qui ballotte sur leur échine, ou d'un bât en feuilles de palmier, dont les deux poches sont remplies de gravats. Ceux-là sont mal soignés ; la poussière dans leur poil, de larges plaies dans le dos indiquent à quel rude labeur ils sont soumis ; ce sont les bêtes de fatigue. Les ânes de selle ont une apparence moins misérable. Les plus beaux et les plus recherchés viennent du Hedjaz ; ils sont tout blancs. Ce sont en réalité des bêtes magnifiques, malgré leur grosse tête et leurs longues oreilles. Le khédive a payé un étalon de cette race jusqu'à quinze mille francs. Ceux qui ont l'honneur de porter nos personnes n'ont pas coûté si cher, mais ont bien leur mérite cependant. Chaque âne a son ânier, qui suit sa bête en courant et l'excite à coups de bâton. Ce sont la plupart du temps des enfants d'une dizaine d'années, vêtus d'une simple chemise bleue ou d'un caban rayé, qui font ce métier fatigant."


extrait de L'Égypte d'Alexandrie à la seconde cataracte, 1871, par 
Raoul Lacour (1845-1870), avocat, grand voyageur, passionné d’histoire naturelle et d’entomologie

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire