lundi 8 octobre 2018

L'architecture des Égyptiens "fut austère comme leurs mœurs : le style en était simple, mais imposant et sublime" (Léon Labat)

photo datée de 1860, attribuée à Antonio Beato
"Un des plus beaux privilèges de l'architecture est de révéler à la postérité le caractère particulier de chaque peuple. Celle des Égyptiens fut austère comme leurs mœurs : le style en était simple, mais imposant et sublime. Leurs constructions n'étaient ni frivoles ni éphémères comme la plupart des nôtres. L'éternité fut pour eux un culte dont ils inscrivirent les dogmes sur les pages vivantes de leurs gigantesques monuments. Tout portait, chez eux, l'empreinte d'un caractère noble et réfléchi. Ce peuple, qui méditait sans cesse sur les œuvres éternelles de Dieu, tâchait de les imiter, comme pour se rapprocher de son antique origine.
Ces monuments, qu'ils auraient voulu rendre impérissables, devaient être, pour les générations présentes et pour la postérité, l'objet d'une contemplation religieuse. La Grèce, Rome, et, plus tard, notre moderne Athènes érigèrent des temples aux dieux, des palais aux rois, et des cirques pour les amusements du peuple. À ce triple but d'utilité, les Égyptiens surent en joindre un autre qui constitue le caractère propre de leur architecture : leurs monuments, à larges bases et à grandes surfaces, quelle que fût leur destination, furent disposés de manière à recevoir leurs inscriptions hiéroglyphiques.
Un principe religieux et conservateur se rattachant ainsi aux édifices qu'on élevait de génération en génération, la longue vallée du Nil fut bientôt parsemée d'un nombre infini de temples, de mausolées, d'obélisques, de palais et d'aqueducs qui conduisaient l'eau dans toutes les cités. Un noble sentiment de piété religieuse et de respect pour les morts, leur fit entreprendre les constructions les plus prodigieuses qu'ait jamais tentées la puissance humaine : leurs masses, qui s'élevaient jusqu'aux cieux, faisaient naître dans l'esprit de ces populations un sentiment de méditation et de recueillement que nous avons nous-même profondément ressenti à la vue des colossales pyramides de Memphis. Non contents d'honorer les dieux et la mémoire des grands hommes en leur érigeant des monuments, ils voulurent encore donner aux dépouilles mortelles de leurs parents un asile de repos et de conservation éternelle : d'immenses hypogées furent creusés dans les flancs des montagnes et dans le sein de la terre pour y loger d’innombrables momies qui étaient pour eux une sorte de protestation contre le néant. Toutes les actions de ce peuple vertueux rappelaient sans cesse le culte de la divinité et le respect pour les morts. Ce respect fut tel que les Égyptiens ensevelirent dans les tombeaux de leurs ancêtres les différents objets qu'ils avaient affectionnés, ainsi que les instruments qui avaient contribué à leur illustration. Ils poussèrent enfin leur reconnaissance pour les œuvres de Dieu au point d'embaumer et de loger dans les hypogées diverses espèces d'animaux. On serait tenté de croire qu'ils voulurent étendre le dogme de l'immortalité à tous les êtres que le ciel avait fait naître sur le sol fortuné de l'Égypte."




extrait de L'Égypte ancienne et moderne, 1840, par Léon Labat (1803-1847), grand voyageur, ex-chirurgien du vice-roi d’Égypte

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