jeudi 4 octobre 2018

Le Caire : conseils aux visiteurs, par René Delaporte

Abdullah Frères, rue du Caire
"Les Mille et une Nuits nous ont fait du Caire une ville si attrayante que l'arrivée dans la capitale khédiviale est presque une désillusion. On ne retrouve pas les tableaux figurés à l'avance. Tout d'abord, l'imagination n'est pas
saisie.

La descente du train sur les quais macadamisés de la gare, ne reflète point le cachet oriental, mais rappelle la station européenne. Le style, les nombreux tharboucks et les langages divers qui s'y croisent, annoncent un monde nouveau. Déjà, l'on a une idée du (cosmopolitisme) de cette belle ville. Celui-ci et le mélange des races lui impriment ce pittoresque et cette couleur locale que mes yeux n'avaient encore vu nulle part.(...)
En général le voyageur curieux - ils le sont tous - prendra un guide drogman et se laissera conduire dans le dédale des rues presque sans s'y reconnaître. Il aura une idée très imparfaite de la topographie de la cité. À peine pourra-t-il se diriger seul, orienter et placer les monuments dans un ordre géographique convenable. Sa classification consistera simplement dans l'ordre chronologique de visites. Ce touriste aura vu le Caire comme on regarde une pièce de théâtre à dix tableaux mais ne connaîtra pas la ville ; il se ressouviendra des grandes lignes seulement ; il aura visité les monuments sans en avoir détaillé les beautés artistiques ; il trouvera que tout est magnifique parce que tout le monde dit que c'est magnifique. Incapable de se diriger lui-même il sera incapable de donner aucun renseignement exact sur ce qu'il aura vu. Dans ces conditions autant admirer les beautés de la fameuse Masr-el-Kahira au travers des loupes d'un stéréoscope.
Si ce voyageur reste longtemps au Caire, plusieurs méthodes sont à choisir pour chercher à connaître la topographie de la ville. La première et la plus simple est de se diriger sur le point le plus élevé du Mokattam et d'admirer le panorama déroulé devant ses yeux en se gravant dans l'esprit les principaux monuments aperçus.
Une seconde méthode, celle-ci pour ceux qui aiment les aventures, consiste à se jeter avec son plan dans les rues et chercher à s'y reconnaître. Cette dernière est plus longue mais combien plus intéressante. Ce fut la mienne. Dès le lendemain de mon arrivée, je 
me lançai dans le Caire. Tout d'abord j'allai à l'aventure, me dirigeant vers les quartiers européens pour revenir ensuite par la ville indigène. Je m'égarai dans un labyrinthe inextricable de rues petites et tortueuses. Mainte fois un mur, une porte me barraient le passage, me forçant à revenir sur mes pas. Les indigènes, leurs grands yeux ébaubis me regardaient, manifestaient souvent leur étonnement et me suivaient pendant longtemps. (...) Après maints et maints détours ne pouvant sortir sûrement du dédale des ruelles, je consultais mon guide (un Baedeker malheureusement). Nos guides français sont d'une vétusté ne les recommandant point au touriste. Grâce à lui, je finis par rentrer à l'hôtel Bristol, où un bon déjeuner à la française m'attendait."



extrait de Dans la Haute-Égypte, 1898, par René Delaporte, ex-chargé de missions du ministère du Commerce, auteur d'un recueil de poésies sous le pseudonyme Henry Mercq

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