mercredi 3 octobre 2018

"Le puits qui porte le nom de ce saint patriarche (Joseph) mérite d'être vu" (Charles de Sainte-Maure)

Extrait de l'ouvrage de Paul Lucas "Voyage du sieur Paul Lucas fait en MDCCXIV, &c. par ordre de Louis XIV, dans la Turquie, l'Asie, Sourie, Palestine, Haute et Basse Egypte, &c...", vol. Ι, Amsterdam, Steenhouwer & Uytwerp, 1720.

"Le Château où le (Pacha) fait sa résidence, quoique très négligé, est encore assez beau, le peu de peinture et d'architecture qu'on y remarque montrent un bel échantillon de la magnificence des princes qui l'ont bâti : la vue de ce château, qui règne sur la ville, sur le Nil et sur la campagne est incomparable : bien des Égyptiens croient, sans le témoignage d'aucune tradition écrite, que le château dont je vous parle était le palais de Joseph ; on y montre les greniers, et la salle où l'on veut qu'il ait donné ses audiences, mais comme les commencements du Caire qui certainement n'ont été bâtis que des ruines de la ville de Babylone, même d'une partie de celle de Memphis, sont beaucoup moins anciens que ce patriarche. 
J'ai prié Messieurs les habitants du Grand Caire de trouver bon que je ne prenne point Joseph pour le fondateur de leur principal édifice : ce qu'il y a de vrai c'est que le puits qui porte le nom de ce saint patriarche mérite d'être vu ; il est creusé dans le roc, et peut avoir quarante toises de profondeur : son ouverture qui en a quatre en carré, continue de la même grandeur jusqu'au fond. On y descend par un escalier de neuf à dix pieds de large, les marches en sont si commodes que les bœufs les descendent et les montent fort aisément. La forme de ce puits est carrée, on s'y promène tout autour. Dans le tour qu'on fait des quatre façades, on trouve deux ouvertures sur chacune qui donnent du jour à l'escalier. On ne peut descendre que jusqu'à la moitié du puits, où l'on trouve des bœufs qui tirent de l'eau pour la jeter dans un réservoir, duquel d'autres bœufs qui sont en haut font monter la même eau dans un autre réservoir pour la distribuer.
J'ai été voir les pyramides bâties à quatre lieues du Caire, et à une demie du Nil, par les anciens rois d'Égypte. Ces édifices furent mis au nombre des merveilles du monde. Hérodote et plusieurs autres auteurs décrivent que deux cent vingt mille hommes travaillèrent à la première durant vingt années, par ordre du roi Chaemis ou Chresomis. Chaque face de son carré par le bas est de plus de deux cents toises, et sa hauteur de huit cents pieds.
La seconde qu'on croit avoir été bâtie par les soins du roi Chaeops, prince qui fut indigne du trône, n'est pas si considérable ; et la troisième qu'on attribue à la courtisane Rodope, sans pouvoir l'assurer, est un diminutif des deux autres.
On ne peut entrer que dans la première, parce que le roi qui l'avait fait bâtir, n'ayant pas été jugé digne des honneurs de la sépulture, n'y fut point enterré ; par cette même raison, l'entrée n'en a point été fermée. J'ai craint d'étouffer dans ce terrible labyrinthe où je me suis bien promis de ne rentrer jamais de ma vie. On y grimpe avec beaucoup de peine et assez d'apparence de s'y casser le cou si l'on fait un faux pas. On y trouve après bien des difficultés une chambre de douze pas de longueur, de six de large, et d'environ vingt pieds de haut ; neuf pierres larges de quatre pieds chacune, qui couvrent cette chambre, s'appuient sur deux murs dont les murailles en dedans sont d'un marbre granite noir parfaitement poli et merveilleusement employé. Dans le fond de cette chambre, on voit un tombeau dans lequel il n'y a rien ; il est long en dedans de sept pieds ; il en a trois de large, près de quatre de haut et cinq pouces d'épaisseur. Il est d'une pierre grisâtre approchante de l'orphire (porphyre) sans être rouge, et la pierre qui est fort dure résonne comme une cloche quand on frappe dessus.
Au surplus, Monsieur, il n'y a point de potentat en Europe qui ne pût immortaliser son nom par de semblables édifices, s'il était malheureusement infatué des mêmes principes où étaient les Égyptiens. Pour les mumies ou momies, comme il vous plaira de les nommer, telles qu'on les trouve dans le désert, je suis persuadé que le moindre pharmacien qui saurait son métier pourrait s'acquitter aussi bien que les anciens de vider un corps après sa mort, de l'emplâtrer, de le remplir de gomme et de parfums et de le serrer avec une si grande quantité de bandages que l'air n'y pouvant entrer, l'accès en serait interdit à la corruption
(...) Ce qui me paraît de plus clair, c'est que les Égyptiens se croient les premiers et les plus anciens de tous les peuples, avec assez de fondement, et si les Phéniciens n'avaient pas inventé l'écriture, les Égyptiens auraient la gloire d'être les auteurs ou les pères des Arts les plus utiles. Ces derniers avaient deux sortes de lettres : les sacrées et les vulgaires. Les sacrées étaient des sculptures et des figures fort extraordinaires que les auteurs ont nommées hiéroglyphes : ils les faisaient tailler sur des pierres, sur des obélisques, ou sur des pyramides, où des prétendues figures sacrées représentaient les principaux dogmes de leur théologie et de leur science politique et morale; mais ils ont toujours fait un si grand mystère de cette science hiéroglyphique que Pythagore, comme bien d'autres philosophes, l'ont étudiée sans y avoir compris grand-chose."



extrait de Nouveau voyage de Grèce, d'Égypte, de Palestine, d'Italie, de Suisse, d'Alsace et des Pais-Bas, fait en 1721, 1722 et 1723, par Charles de Sainte-Maure (16..-17..), commandeur de Beaulieu, qui se présente comme un officier, fils de militaire

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