vendredi 26 octobre 2018

"L'élément religieux a toujours été le trait le plus saillant de la vie sociale des anciens Égyptiens" (Charles Taglioni)

 
temple de Louqsor - auteur de la photo non mentionné
"Le 29 octobre, à six heures du matin, une petite caravane, composée de huit personnes, et dont je faisais partie, montée sur des baudets, se mit en marche sous la direction de M. Erbkam, pour se rendre à Karnak et en visiter les ruines.
À peine avions-nous fait quelques pas, que nous nous trouvions au milieu des ruines de Louqsor. Nous étions à l'endroit où la vallée du Nil s'élargit pour former la vaste plaine de la Thébaïde.

Les flots du fleuve baignent les murs du temple ; les dunes du rivage, les décombres entassés depuis longtemps, les huttes qu'on y a construites cherchent à envahir les vastes cours avec leurs pylônes; mais, jusqu’à présent, ils ont vainement attaqué ces masses gigantesques.
C'est avec une admiration toujours croissante que nous plongeons dans les ruelles étroites de la ville actuelle, enclavée dans les cours du temple ; et après avoir quitté ce labyrinthe inextricable, nous nous arrêtâmes devant l’une des sinuosités du fleuve, d’où l'on aperçoit le dernier obélisque, qu'on n'a pas encore enlevé.
Les anciens historiographes ne nous donnent qu'une idée confuse du culte des anciens Égyptiens. Les détails assez peu complets qu’ils ont conservés ne se rattachent guère aux temples primitifs. Mais le cours naturel des choses permet de croire qu'ici comme ailleurs, la marche de la civilisation s'est manifestée sous la forme d’un progrès graduel partant des choses simples vers les choses composées, et cela d'autant plus que l'élément religieux a toujours été le trait le plus saillant de la vie sociale des anciens Égyptiens. Le nombre des divinités, peu considérable d’abord, fut quintuplé et même décuplé par des additions toujours nouvelles, et cette création continue de dieux nouveaux ne manqua pas de donner au rite, dont les formes essentielles étaient les sacrifices et les processions qui s’y rattachaient, une étendue telle qu’on ne le trouve peut-être plus chez aucune autre nation.
Toute action tant soit peu importante de la vie publique, tout changement produit par le retour des saisons ou d’autres circonstances naturelles étaient célébrés dans ce pays, ami du merveilleux, par des cérémonies religieuses. Les fêtes se succédaient pour ainsi dire sans interruption.

Les Rois, dans l'exercice de leur puissance, légitimée et fortifiée par l'influence et la sagesse des prêtres, se plaisaient à consacrer tous les trophées de leurs victoires, toutes les richesses des provinces conquises, à la splendeur du culte et à la décoration des temples.
Si l'on examine ces temples d’un œil attentif, on remarque qu’ils ont tous quelque chose de commun : c’est le sanctuaire divin.
Il importait avant tout de mettre à couvert cet endroit sacré pour le garantir contre les influences extérieures et le soustraire aux yeux profanes de la multitude. (...)

Nous trouvons les causes de cette tendance dans le grand nombre des prêtres chargés des cérémonies du culte. Leur service se faisait aussi bien de nuit que de jour. Divisés en différentes classes, ces prêtres étaient astreints aux règles hiérarchiques et prenaient une part active au gouvernement du pays, qui tirait de leur concours le principal élément de sa puissance.
Le Roi était donc soumis à leur autorité, et une surveillance active était exercée sur sa personne et sur ses actes. Assisté par eux, il avait à offrir des sacrifices publics et privés, et ses repas devaient se faire sous leur toute puissante surveillance. De cette façon, le temple était la demeure des Rois et des prêtres pendant la plus grande partie du jour, attendu que tout ce qui se rattachait au mystique devait se dérober aux regards profanes de la multitude. C'est aussi en ce lieu qu'on faisait l’'embaumement des morts et qu'on célébrait le culte toujours croissant des animaux sacrés ; que l’on gardait les riches trésors d'ouvrages religieux et profanes et les instruments variés qui servaient aux études astronomiques. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que, sous le règne de Ramsès, il y eût tant d’annexes pour compléter le temple."

extrait de Deux mois en Égypte : journal d'un invité du khédive, 1870, par Charles Taglioni, conseiller aulique (ie de la cour) à l'ambassade de Prusse de Paris, "ni savant, ni homme de lettres" (pour reprendre sa propre expression)

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