lundi 22 octobre 2018

"On voit quel immense sujet d'études présente une agglomération d'édifices comme ceux de Luxor ou de Karnac" (Charles Marie Wladimir Brunet de Presle)

Louxor, par Zangaki
 "Les vastes temples de l'Égypte, comme nos cathédrales gothiques, sont presque tous l'œuvre de plusieurs générations, et portent les noms et les légendes de tous les rois qui contribuèrent à leur embellissement. 
Le sanctuaire primitif est en général de proportion modique ; il se décore ensuite de portiques, de cours, de vastes salles hypostyles, d'avenues, de pylônes, et d'immenses enceintes dans lesquelles se trouvent encastrés d'autres édifices qui n'appartenaient pas au plan primitif. Souvent une colonne, une architrave d'une des parties les plus anciennes a été réparée par un souverain postérieur de plusieurs siècles, et qui n'a pas manqué d'y apposer son nom. Quelquefois on a employé des matériaux qui provenaient d'édifices détruits ; les sculptures qu'ils portaient primitivement ont été cachées dans l'épaisseur des murs, et ne reparaissent que par une nouvelle démolition. 
Il n'est pas sans exemple aussi de voir des cartouches royaux martelés ou recouverts de stuc, pour faire place à d'autres légendes. Enfin, contre les murs des sanctuaires sont quelquefois dressées des stèles d'époques diverses. On voit quel immense sujet d'études présente une agglomération d'édifices comme ceux de Luxor ou de Karnac, et quels travaux sont nécessaires, afin de ne laisser perdre pour la science aucun des renseignements qu'ils contiennent encore et qui vont s'effaçant chaque jour. Il faut, avec l'expérience d'un architecte initié à la disposition habituelle des temples et des palais égyptiens, reconnaître, à l'aide de quelques arasements souvent interrompus par les démolitions ou par des sables amoncelés, le plan général de l'édifice, distinguer les parties primitives des réparations ou des superfétations postérieures, puis savoir copier, avec l'habileté d'un artiste et la minutieuse fidélité d'un philologue, toutes les légendes sculptées ou peintes qui subsistent encore.
Malgré les magnifiques travaux dont l'Égypte a été l'objet, ces conditions n'ont pas été partout complétement remplies : le grand ouvrage de la Commission d'Égypte est digne de l'admiration qu'il a excitée par la fidélité des vues, plans, coupes, élévations de monuments, et en général de tout ce qui se rapporte à la décoration architecturale, sans parler de ce qui touche aux autres branches des sciences. Mais à une époque où l'écriture hiéroglyphique n'offrait aucun sens à l'esprit, il était impossible de reproduire avec assez d'exactitude les innombrables signes dont elle se compose ; et souvent, en copiant les grands bas-reliefs historiques, on a négligé les inscriptions qui en contiennent l'explication, et qui leur donnent maintenant leur principal intérêt.
C'est pour remplir cette regrettable lacune que Champollion traça le plan de son voyage en Égypte, plan qu'il exécuta, secondé par des artistes instruits et habiles, avec ce zèle et cette supériorité qui l'ont fait reconnaître unanimement pour le fondateur de la science hiéroglyphique."



extrait de Examen critique de la succession des dynasties égyptiennes, 1850, par Charles Marie Wladimir Brunet de Presle (1809-1875), historien français, papyrologue, membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de l’Institut de France, auteur d'une monographie sur le Sérapéum de Memphis

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